Mes tableaux sont avant tout des paysages. Récemment, le travail à grande échelle m’a conduit à développer de nouvelles idées autour de la perspective semi-aérienne de villes, de régions rurales et de structures industrielles. Ce sont des thèmes qui évoluent tranquillement dans ma peinture et la forme qu’ils empruntent n’est ni littérale ni documentaire. Dans un paysage mental et pictural, des formes organiques détaillées entrent en collision avec des aplats de couleurs. Des récoltes de blocs noir et blanc y émergent, rappelant des jouets, des friandises ou des petites villes. J’affectionne particulièrement la nature semi-abstraite de ces éléments et l’aisance avec laquelle ils entrent et sortent du monde tridimensionnel. Parmi les diverses sources et influences de ces images figurent la peinture asiatique traditionnelle, les jeux de plateau ou d’ordinateur, et la peinture européenne du XIVe siècle.
J’estime important l’ambiguïté des références et des rapports d’échelle dans cette peinture. Elle est une indication de l’éventail de manières dont l’œuvre peut être comprise. Je m’intéresse à la fusion entre des panoramas de paysages et leurs représentations à l’échelle réduite telles qu’utilisées dans la planification industrielle, urbaine et rurale. À première vue, les sujets semblent des formes monumentales, mais à bien les regarder, ils pourraient être plus petits, plus gérables, tels des objets posés sur une couverture ou des figures jonchant un tapis.
Les petits coups de pinceau innombrables et répétitifs de ces tableaux décrivent des formes sujettes à la dislocation et à la mutation. L’utilisation de matériaux périssables comme l’herbe, les broussailles et les arbres pour représenter des structures plus permanentes comme des canaux, des tunnels et des bâtiments vise à créer une impression ambiguë face au temps. Ils mélangent des objets qui se dissipent de saison en saison à d’autres qui prennent des centaines ou des milliers d’années à disparaître.
D’apparence calme, ces paysages n’en reflètent pas moins une sensibilité aux événements, tant naturels que politiques, parfois cataclysmiques et surgissant n’importe où. Les paysages peuvent dissimuler le lieu d’atrocités perpétrées. Ce sont des surfaces qui portent le poids de l’interférence humaine et évoluent hors de notre contrôle. Mes peintures ne décrivent pas le monde sous un angle documentaire. Elles traitent de la relation changeante entre le lieu et la circonstance.